Il était une fois une petite sardine, qui nageait dans l’immensité de la mer.
L’eau était douce, enveloppante, infinie. Un bleu profond, rassurant, presque maternel. Au fil des courants, elle croisait d’autres poissons ; des sardinelles, des sparts, des anchois, des pilchards ; des présences, des mouvements, des rencontres.
Elle aimait cela : se sentir entourée, reliée, vivante. Au fond d’elle, un désir simple existait : être aimée et ne pas être seule.
Mais parfois, quelque chose se troublait. Certains regards devenaient froids, certaines présences, piquantes. Certains silences, lourds. Et sans vraiment comprendre pourquoi, la petite sardine se sentait rejetée, comme décalée, comme si elle n’était pas “comme il faut”.
Alors, doucement, elle s’éloignait, elle prenait le large, pour respirer, pour ne plus sentir cette douleur. Mais s’éloigner, c’était aussi se rapprocher du vide.
Et dans ce grand bleu, une question commençait à résonner : Où est ma place ?
Un jour, perdue entre ses élans et ses peurs, elle se sentit profondément seule. Jusqu’à douter d’elle-même, jusqu’à se demander, en silence : Et si quelque chose n’allait pas chez moi ?
Ce soir-là, entre deux rochers, elle croisa un vieux mérou. Calme, ancré, présent. Il ne disait rien. Mais il semblait comprendre. Alors, elle lui parla.
Elle lui raconta son histoire. Elle déposa ses vagues, ses doutes, ses blessures.
Le mérou l’écouta longuement…Puis, dans un souffle tranquille, il lui demanda :
« Et toi… est-ce que tu t’aimes ? »
Le silence s’installa. Une question simple, mais profonde comme l’océan.
La petite sardine sentit quelque chose bouger en elle. Une vérité douce, mais inconfortable.
Non, elle ne s’aimait pas vraiment, elle s’adaptait, elle se pliait, elle se transformait, pour être acceptée.
Alors le mérou reprit, avec douceur :
« Quand on ne se choisit pas soi-même…on finit par accepter ce qui nous abîme. »
Un temps de silence.
« Et si tu t’autorisais à ne plus rester là où ça fait mal ? »
Les mots flottaient autour d’elle, comme des bulles légères.
« S’éloigner, ce n’est pas fuir. C’est se respecter. »
« Laisser partir… c’est parfois se retrouver. »
La petite sardine respirait différemment. Quelque chose en elle se relâchait.
« Peut-être que certains s’éloigneront… peut-être que le silence sera plus grand… mais dans cet espace, tu pourras enfin t’entendre. »
Un frisson doux parcourut son corps.
« Tu n’as pas besoin de plaire à tous… seulement d’être vraie avec toi. »
Le courant semblait plus calme, plus clair.
« Les liens sincères ne se forcent pas, ils se reconnaissent, ils se ressentent. »
La petite sardine ferma les yeux un instant.
Et pour la première fois, elle ne chercha plus à être différente. Elle se sentit simplement là, entière, à sa place. Elle remercia le mérou, et reprit doucement son chemin.
Depuis ce jour, elle ne nage plus pour être acceptée. Elle nage pour être elle. Elle s’éloigne de ce qui la serre, et se rapproche de ce qui l’apaise. Et peu à peu, d’autres poissons apparaissent dans sa vie, moins nombreux, mais plus vrais.
Aujourd’hui, elle nage aux côtés de quelques âmes précieuses.
Et dans l’immensité de la mer, elle ne se sent plus perdue, elle se sent libre.
Laurent MARTIN – Sophrologie – Thérapie brèves – Coaching professionnel
